Ma mère, la confiance et moi

le 21/03/2019

La confiance, ma mère et moi…

J’avais une dizaine d’années quand je me perdais, de temps en temps, dans les amitiés, ne serait-ce que durant un mercredi après-midi, en cuisinant avec une amie.

J’ai alors ressenti tout le désespoir de ma mère en constatant que je pouvais utiliser sa cuisine et la lui remettre dans un état plus sale que celui dans lequel elle l’utilisait quotidiennement.

Ma mère n’était, et n’est toujours pas (à mon grand désarroi, parfois) une fée du logis mais les expérimentations culinaires, ça, ça ne semblait pas être son truc, du tout.

Comment une petite fille sage pouvait-elle rendre une cuisine aussi désordonnée après avoir fait des crêpes ? Et des crêpes avec des pommes… Quelle imagination ! 

On pensait sans doute bien faire en remplaçant dans la pâte, le cidre, par des pommes. 

Je gardais alors mon grand étonnement pour moi en me disant que ma mère aurait été finalement moins surprise de me voir ivre ce jour-là.

 

Quelques années plus tard, alors que je rentrais d’un concours d’équitation, je n’avais pas eu de prix. 

Je crois qu’elle s’en fichait royalement. 

Mais, dès lors que le moniteur lui a annoncé cela, elle avait dû répondre d’une manière un peu orchestrée, et d’un ton sec « Ah Cécile, tu aurais pu mieux faire ! ». 

Sans doute pour montrer, sans exprimer réellement, sa déception.

A mes yeux, elle avait alors, de nouveau, pris le rôle de la mère autoritaire. 

Cela ne lui allait pas mais j’ai compris à cet instant qu’elle pouvait me juger, moi, sa propre fille.

Elle devenait ainsi de moins en moins parfaite à mes yeux et, aussi dévouée soit elle, elle pouvait même être blessante.

 

Vers 18 ans, j’annonçais fébrilement que je souhaitais faire du théâtre. Enfin, que je souhaitais intégrer une école de théâtre. 

Silence… pesant…

Pas de « non » catégorique. Néanmoins, je me suis rendue compte que je n’irai pas bien loin, encore une fois, sans l’approbation de ma mère.

Plusieurs mois plus tard, je choisissais finalement l’option « école de cinéma », rendant l’idée plus technique donc plus sûre. Et ce n’est qu’en intégrant celle-ci et après une bonne crise de larmes, que je me retrouvais, finalement, quelques semaines plus tard en fac de Sciences, à Besançon… 

Bien malgré moi, ma chère maman avait réussi à me ramener au bercail. 

Alors je me consolais en étudiant pendant ces soirées sombres et frileuses d’un mois de novembre, serrée dans les rangs, en me disant qu’après tout une expérience reste toujours une expérience.

 

Après la naissance de mon fils, quand j’ai proposé de monter ma société, l’idée semblait plutôt bien venue même si les termes n’étaient pas trop élogieux. 

Les compliments, ce n’est pas son truc. Ça tombe bien, je préfère les actes aux paroles. 

Le cœur plus ouvert, elle m’a dit « Allez, on essaie et on verra bien ! ».

Il ne fallait pas non plus tirer la corde trop loin. 

Une drôle d’idée me venait plus tard à l’esprit, ce qui allait durement entacher le tableau d’investissement (oui, je dis bien investissement, puisque l’amortissement, on l’attend toujours…).

« Maintenant, tu veux monter un projet en Afrique ? Toute seule ? Non, vraiment, Cécile, je ne suis pas d’accord ! Termine déjà ce que tu as commencé !»

 

Mais comment expliquer que le Tout est dans la continuité ??? C’est là que je me dis que le théâtre m’aurait été sans doute plus utile que les sciences

 

Bref, ma mère ne m’a jamais fait confiance. Tant mieux !

- Est-ce que je me suis fait confiance ? Non. Tant pis !

 

En fait, les parents ne sont pas là pour faire de nous des paquets cadeaux. 

Ils nous découvrent petit à petit jusqu’à ce qu’on devienne un cadeau, pour nous-mêmes, et par nous-mêmes.

A l’ombre, ils nous polissent bien comme il faut. 

Et puis, l’heure venue, quand nous sommes prêts à devenir adulte, à voir le soleil qui brille en pleine face, à quitter notre famille pour aller vers l’inconnu, nous sommes en effet, incroyablement seuls. 

 

Bien que, pas trop présentables, comme des petits chats hirsutes qui sortent de l’eau, ils ont bien fini par nous pousser vers la sortie même s’ils n’avaient qu’une envie, que l’on ne s’éloigne que d’un cheveu de notre petit nid, de celui qu’ils avaient construit pour nous, au fil de nos vies.

 

Et c’est à ce moment-là qu’on commence alors à décider de notre vie. 

Seul(e) mais avec confiance.



crédit illustration : un gribouillou en peinture de mon fils en qui j’ai une entièèère confiance, bien évidemment! Autrement dit, une création originale de mon petit bébé avec qui je respire à n’en plus pouvoir  (histoire de rester maître en moi) quand il me fait de la peinture avec ses doigts! 

 


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